Spinoza et la superstition

Critique de la superstition


« Enfin, si un spectacle insolite les frappe d'étonnement, ils croient être témoins d'un prodige manifestant la colère ou des Dieux, ou de la souveraine Déité ; dès lors, à leurs yeux d'hommes superstitieux et irréligieux, ils seraient perdus s'ils ne conjuraient le destin par des sacrifices et des voeux solennels. »

Extrait du Traité théologico-politique de Spinoza


L'auteur a pour ambition de montrer en quoi consiste la véritable piété et la simple superstition, Pour ce faire, il essaie de montrer ce que le commun des mortels croit être une conduite pieuse, c'est-à-dire conforme aux prescriptions édictées par la religion, constitue en fait l'impiété même et fait injure aux dieux qu'elle voudrait pourtant honorer.


La racine de cette croyance est double :


  • les hommes ont naturellement tendance à croire que les phénomènes naturelles sont le résultats d'une volonté particulière, en l'occurrence celle d'une divinité (pour un développement de cet argument voire l'appendice du livre IV de l'Ethique). Dans cette optique, les dieux agiraient comme les hommes : ils récompenseraient ceux qui les honorent par un culte et puniraient ceux qui les blessent en leur causant du mal. Pour calmer la colère de ces dieux, il faudrait alors leurs « acheter » leur bonnes grâces. Mais pour l'auteur, en cela consiste l'impiété : les hommes se forge des dieux une image totalement indignes d'eux. Or il faut considérer que les dieux sont supérieurs aux hommes et ne sont pas animés de sentiments aussi simples et bas. En ce sens, ceux qui croient cela sont fondamentalement « irreligieux ».

  • mais leur attitude s'explique aussi par la crainte que leur inspire l'avenir. Les hommes vivent dans l'incertitude et ce sentiment leur est pénible. Déjà animée par la croyance précédemment expliquée, il vont tenter de se concilier les dieux qui peuvent agir sur leur destinée, leur causer ou leur éviter le malheur, leur procurer la prospérité ou ruiner leur existence. Pour ce faire, ils rendent un culte à dieux, s'engagent à leur rendre les éventuels bienfaits que les dieux pourraient leur prodiguer (« voeux solennels ») et leur font des sacrifices pour gagner leur bienveillance.


Remarquons que l'auteur parle des dieux et évoque une «  souveraine Déité ». En effet, sa critique est particulièrement parlante en ce qui concerne le polythéisme et comme il s'adresse uniquement à des individus monothéistes (chrétiens ou juifs), son analyse sera sans problème acceptée. Cependant, elle vaut aussi pour une fausse croyance fondée sur un seul Dieu, mais il se garde bien de dire de quel Dieu il s'agit, peut-être par diplomatie. On peut néanmoins comprendre par là que sa critique s'adresse également aux religions chrétiennes et à la religion juive.

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