Les échanges favorisent-ils la paix?

Les échanges favorisent-ils la paix ?

 

Une chose est certaine : la guerre constitue un obstacle aux échanges. Mais la réciproque est-elle pour autant vraie ? On a pu dire que le commerce était une façon de perpétuer pacifiquement un rapport de forces. En effet, si l’on considère qu’il y a é à partir du moment où un individu fournit à un autre ce dont il a besoin, on peut penser que celui qui propose est en position de force par rapport à celui qui éprouve le besoin. En outre, les é permettent de développer des richesses : celui qui vend fait un profit sur celui qui achète. Au bout du compte, des différences très importantes peuvent se développer. Or les inégalités sont source de conflits. Les échanges favorisent-ils vraiment la paix ?

 

Questions à éclaircir : - de quelle paix parle-t-on ? De celle qui s’oppose à la guerre entre les nations voire les civilisations ? Ou de celle qui s’oppose aux conflits qui peuvent éclater au sein même d’une société ?

qu’est-ce qui s’é ? Seuls les biens et les services, i.e. ce qui a une valeur marchande, sont-ils susceptibles de faire l’objet d’é ?

 

  1. La paix constitue certes la condition des é, mais les é ne conduisent-ils pas au contraire au conflit ?

a. Concurrence et heurt des intérêts. On peut peser ici à l’analyse qu’a donnée Marx de la loi d’airain que la concurrence impose à la société et que le système économique fait peser sur les travailleurs. Pour que qqn puisse vendre, il faut qu’il produise moins cher que son concurrent, il devra alors augmenter la productivité du travail par sa division de + en + poussée et en diminuant sans cesse les coûts. De son côté, le travailleur, pour vendre sa capacité de travail devra la proposer au meilleur marché. + notion de guerre économique.

c. Accroissement des inégalités -> tension au sein des sociétés. Dans cette perspective, l'échange et le système de production qu’il nécessite conduit, sinon à un conflit ouvert au sein de la société, mais à la création d’antagonismes forts entre les différents groupes sociaux (ceux qui possèdent l’instrument de travail et l’argent nécessaire à l’investissement préalable à la production) et ceux qui ne disposent que de la force de leur bras (les « prolétaires »). C’est ce que Marx nomme la lutte des classes : elle instaure un climat conflictuel qui peut dégénérer en véritable guerre civile cf. les révolutions, « les événements » plus ou moins violents voire meurtriers.

b. Impérialisme -> guerre ouverte ou froide entre les Etats. On pourrait également concevoir cette logique d’affrontement au niveau supérieur. C’est d’ailleurs ainsi que les partisans de Marx analyse la notion de guerre et notamment la 1° Guerre Mondiale qui aurait été déclenchée parce que les puissances belligérantes, poussées par la nécessité de trouver de nouveau débouchés  afin de développer leur économie, en seraient venu à s’affronter par les armes.

 

  1. Comment concevoir que les échangent favorisent la paix ?

a. Précision du rapport que nécessite l’é. L’é ne se caractérise pas essentiellement par l’appas du gain et n’est pas simplement le vol par la constitution du profit ou la spoliation de la force de travail, ce à quoi semble se réduire l’é au sens où nous l’avons utilisé précédemment. Sans nier que le besoin soit le ciment de la société et que l’é économique soit son fondement –ce qui est contestable mais que nous prenons ici comme prérequis- il est possible de reconnaître, avec Aristote, que dans l’é se trouve une « commune mesure » qui implique un rapport de réciprocité entre les individus. Dans l’é, les individus sont associés, ce qui implique une égalité –non mathématique, il est vrai- entre les deux membres qui é . cf anlyse de la notion de monnaie chez Aristote, Ethique à Nicomaque, 9.6

b. dans la société : L’intérêt bien compris. Il n’est même pas besoin de considérer que l’h est bon par nature : il suffit de considérer qu’il n’a aucun intérêt à entretenir un climat conflictuel ou à faire en sorte que des inégalités inacceptables se creusent au sein de la société. En effet, comme le dirait Adam Smith, « ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner », mais plutôt de ce que ces personnes tireront comme profit de leur travail. Ces mêmes personnes ne pourrait pas non plus exercer leur talents et pratiquer des é dans une société où les inégalités seraient telles que le trouble éclaterait sans cesse : pour l’éviter, ils concèdent de sacrifier une part de leur richesse(par ex par l’impôts) cf. notion de justice sociale cher Rawls

c. Le même raisonnement peut être utilisé en ce qui concerne la relation entre différents pays : « Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes ; si l’une a intérêt à acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels » Montesquieu, De l’esprit des lois

 

idée de liaison : Les é adoucissent les mœurs : « Le Commerce guérit des préjugés destructeurs ; et c’est presque une règle générale, que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces ; et que partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce. […] L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. » idem

 

  1. Tout dépend de ce que l’on échange…

a. De l’é à la rencontre, de la rencontre au dialogue : échanger, ne serait-ce que des biens, obligent les individus à sortir de leur milieu habituel(famille, village/ville, région, pays) et à rencontrer d’autres individus qui leur sont totalement différents (en apparence du moins). On peut alors penser que ces individus vont aller plus loin qu’un simple é de marchandise et vont apprendre à mieux se connaître( ce qui est utile par ailleurs au commerce). Par conséquent cet é favorisera peut-être l’ouverture à l’autre et la tolérance.

b. Le plaisir de l’é. Cf . Lévi-Strauss : « l’é de politesse » in Les Structures élémentaires de la parenté. LV raconte l’anecdote des restaurants bon marché du Midi où les clients s’échangent leur ballon de piquette. Ici, personne ne gagne rien : « mais c’est qu’il y a bien plus dans l’é que les choses échangées ». On peut en effet espérer que l’intérêt ne soit pas le seul motif de l’action humaine et qu’il puisse trouver du plaisir dans le contact avec son semblable sans rien espérer de lui en contrepartie. Ex : l’amitié.

c. Il existe également un é qui, pour n’être parfaitement gratuit, ne se paie pas : les H partagent des symboles. Cf . étymologie. L’H se caractérise en effet par  l’univers dans lequel il évolue par l’esprit : lorsqu’il achète de l’eau, il n’achète pas simplement des molécules H2O, il acquiert de la jeunesse, de la pureté, de la santé, de la minceur… Derrière l’objet se trouve un symbole, lequel peut s’échanger sans pour autant qu’il y ait é d’objet. Pensons à l’idée de justice, de droits de l’homme et de toutes les valeurs que les H se transmettent. Cf. LV : les 3 modes de la communication sociale, Anthropologie structurale.

 

 

 

     

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