Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 14:48

Derrière les souvenirs qui viennent se poser ainsi sur notre
occupation présente et se révéler au moyen d'elle, il y en a
d'autres, des milliers et des milliers d'autres, en bas, au-
dessous de la scène illuminée par la conscience. Oui, je
crois que notre vie passée est là, et que tout ce que nous
avons perçu, pensé, voulu depuis le premier éveil de notre
conscience, persiste indéfiniment. Mais les souvenirs que ma
mémoire conserve ainsi dans ses plus obscures profondeurs y
sont à l'état de fantômes invisibles. Ils aspirent peut-être
à la lumière : ils n'essaient pourtant pas d'y remonter ;
ils savent que c'est impossible, et que moi, être vivant et
agissant, j'ai autre chose à faire que de m'occuper d'eux.
Mais supposez qu'à un moment donné je me désintéresse de la
situation présente, de l'action pressante. Supposez, en
d'autres termes, que je m'endorme. Alors ces souvenirs
immobiles, sentant que je viens d'écarter l'obstacle, de
soulever la trappe qui les maintenait dans le sous-sol de la
conscience, se mettent en mouvement. Ils se lèvent, ils
s'agitent, ils exécutent, dans la nuit de l'inconscient, une
immense danse macabre. Et, tous ensemble, ils courent à la
porte qui vient de s'entrouvrir.BERGSON

Par skepsis - Publié dans : la philo au baccalauréat - Communauté : Philosophie académique
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